THE AMERICAN DREAM


Incontestablement, c’est au début des années 1950 que le rêve américain prend toute sa dimension, toute son ampleur et pourtant cette Amérique des années 50 est en plein blocage moral, c’est le maccartisme, la chasse aux sorcières, aux communistes, c’est la ségrégation, le racisme, et pourtant dans cette Amérique des années 50 est en train de s’ouvrir la porte au paradis de la consommation. Elle se contemple dans le miroir de la publicité, et elle y voit des frigos, et de grosses voitures aux chromes étincelants, l’image d’une nation prospère, puissante, libre, et insouciante. Le rêve américain, c’est le cow-boy Marlboro qui conquiert le farwest, c’est le petit émigré qui devient Rockefeller, c’est le bonheur pour tous, au bout du portefeuille, la certitude d’appartenir au plus beau pays du monde !

 

Pour qu’il y ait un rêve, il faut qu’il y ait des rêveurs, les rêveurs ce sont les émigrés du Vieux Continent. Pour eux l’Amérique c’est avant tout une terre vierge, une terre de libertés, de conquêtes, et de promesses d’opulence. En fait, le rêve américain c’est simple comme le slogan de Nike : « Just do it ! » C’est l’espoir de la fortune à la portée de tous.

 

C’est dans l’après-guerre que le rêve va se concrétiser, on est en pleine croissance, et à cette époque l’Amérique consomme plus que tout le reste du monde, elle se contemple dans un déferlement d’images qui lui laissent croire que le rêve est devenu réalité. Dans les années 50, les Américains n’avaient pas réalisé qu’il y avait des choses impossibles, tout était possible parce qu’ils n’avaient rien connu de mieux. Ils venaient de vivre une époque de privations, celle de la guerre, et ils en sortaient, ils n’avaient plus les pieds sur terre.

 

Les Américains ne sont pas si nombreux, ils ne représentent que 6% de la population mondiale, mais ils possèdent les 2/3 des voitures de la planète, et la moitié des postes de radio. En 1955, un Américain passe déjà en moyenne 5 heures devant son poste de télévision. L’Amérique à cette époque était capable de fabriquer d’énormes quantités de produits, l’économie était en plein essor. C’était une époque absolument extraordinaire, la réalité n’y avait pas sa place, c’était exactement comme dans un rêve, c’était : Fabriquez votre destin et faites-en ce que vous voulez !

 

Dans cette période de richesse, le rêve américain repose sur un paradoxe : chacun a droit à sa part du gâteau, mais c’est celui qui prendra la plus grosse part qui sera le véritable héros de l’histoire, c’est le fameux self-made man, c’est lui qui en met plein la vue. Mais surtout, le symbole suprême de la réussite, c’est la voiture

 

C’est une période excessive, mais c’était le temps de tous les excès, les voitures étaient trop grandes, les chromes étaient trop brillants. Il fallait accumuler des biens, c’était à la mode ! Tout le monde voulait avoir sa machine à laver, un lave vaisselle, une voiture plus grosse que celle du voisin, une maison luxueuse, de beaux meubles… Et les gens en avaient les moyens, tout le monde travaillait à l’époque, et l’économie était en plein essor. Et quand tout le monde travaille, tout le monde consomme. Apparaît alors un petit bout de plastic qui permet de consommer encore plus, c’est la carte de crédit.

 

Les Américains découvrent les nouveaux modes de consommation. Dés les années 50, il y a les surgelés, les instantanés, les plats cuisinés et de plus en plus de marques, 4.000 au total, c’était l’époque ou Reagan faisaient des pubs à la télé. Dans les spots de pub, il y avait beaucoup plus de dessins animés que de photos, car c’était un monde imaginaire, il n’y avait pas de place pour la réalité.

 

Chacun veut être au même niveau que son voisin, tout le monde veut ressembler à tout le monde. C’est la voiture qui symbolise le plus le rêve américain, car elle permet de partir à la conquête des espaces sauvages de l’Amérique pendant qu’il en reste !

 

Mais un jour de novembre 1963, un grain de sable vient enrailler la belle mécanique du rêve américain. La télévision, usine à rêve par excellence, renvoie soudain une image de cauchemar, le président du plus puissant, du plus beau, du plus sûr pays du monde, se fait assassiner. A partir de ce moment, le rêve américain ne sera plus jamais comme avant. La télévision continue de montrer des images de cauchemars, qui sont en fait l’autre face du mythe, c’est à dire la vérité quotidienne. Et depuis plus de trente ans, l’Amérique doute, le mythe est ébranlé, même si certains golden boys et yuppies firent illusion au début des années 80.

 

Dans les années 50, les Etats Unis étaient pétris de certitudes, c’était l’époque du maccartisme et l’Amérique vivait fascinée par sa propre puissance, sa croissance, et dans l’insouciance de sa consommation frénétique. Pour la première fois, la mort entrait presque en direct dans le living-room des Américains, mais pas n’importe quelle mort, c’est à la télévision que l’Amérique blanche a découvert la première faille dans ses certitudes. Une nation qui se veut idéale, peut-elle assister à la mort de son Président ? Puis, tout s’est enchaîné. Dans le petit écran, on se rendit vite compte que le rêve n’était pas partagé par tous.

 

Durant les années 60, les médias ont commencé à montrer une forme de honte, de culpabilité vis à vis du racisme officiel propagé par des extrémistes comme le gouverneur d’Alabama, George Wallace. A l’époque, beaucoup d’Américains considéraient encore qu’un Noir n’était un être humain qu’aux 2/3, et la télévision a changé de registre. Finies les Images d’Epinal, les écrans se sont soudain remplis d’images de colère, la colère de ceux qui voulaient prendre de force leur part du rêve, comme les Black Panthers. Les défilés des Black Panthers effrayaient la population blanche. Même si cela a pris des années, le marketing a du s’adapter, la loi a imposé d’embaucher des Noirs dans les films, et dans les spots publicitaires. Mais il ne suffit pas de décréter le partage du rêve à coups de lois et de quotas, encore faut-il se donner les moyens de le réaliser…

 

Le deuxième choc, c’est la guerre du Vietnam. Pour la première fois l’Amérique pouvait contempler en direct un conflit meurtrier. Une guerre que les autorités n’ont jamais su expliquer, et que les Américains n’ont jamais vraiment comprise. Contrairement à la seconde guerre mondiale, le gouvernement ne contrôlait plus les images quotidiennes de l’horreur, la télé montrait tout, ou presque, les massacres inexplicables, et elle comptait ses morts, tous les jours. 57.000 soldats américains ont été tués, 150.000 ont été blessés ! Ces images étaient diffusées tous les soirs à l’heure du dîner, et elles ont eu un impact terrible, non seulement sur les téléspectateurs, mais aussi sur les journalistes.

 

Avec la guerre médiatisée du Vietnam, le regard des Américains sur eux-mêmes a rapidement changé, il faut dire qu’il y avait de quoi être sceptique, sur la capacité de l’Etat Fédéral à faire rêver ses concitoyens. Alors que les héros tombaient les uns après les autres, le rêve d’une génération dépassée devenait le cauchemar d’une génération montante.

 

Dans les années 70, ce n’est plus le rêve américain qui s’exprime, mais le rêve de toutes les minorités, et tous étaient bien d’accord pour faire payer ceux qui avaient trahi leur idéal. Et, c’est Nixon qui a payé l’addition avec l’affaire du Watergate en 1972. L’Amérique a la preuve que son Président est un escroc, et ce sont les médias qui vont le forcer à démissionner. A ce moment là, le rêve américain est vraiment moribond. Alors on va rêver psychédélique !

 

La jeunesse américaine peut encore rêver à sa manière avec les années Disco, mais l’insouciance n’est plus vraiment au goût du jour. Les Américains découvrent le terrorisme, la crise du pétrole, et puis aussi un Ayatollah, là-bas en Iran, qui se permet de mettre tout le monde à genoux avec une affaire d’otages.

 

Cette période a donné une image catastrophique de l’Amérique impuissante face à une éventuelle menace extérieure. Jamais les Américains n’auraient imaginé une chose pareille. Certes, avec les années Reagan, les Américains se reprennent à rêver à une grande nation prospère et puissante, mais la réalité est bien loin du rêve des années 50, et l’Amérique prend soudain conscience qu’elle n’est plus sûre de pouvoir nourrir ses enfants, comme elle a nourri les parents. Aujourd’hui la disparition du rêve fait partie du quotidien des Américains, elle est visible, palpable, par tous. L’Amérique a appris à regarder la vérité en face. Un journaliste écrivait : « Nous vous avons décrit les émeutes de Los Angeles, nous avons vu qui était l’ennemi, et l’ennemi… c’était nous tous ! »



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