LE REVE NOIR

 

« I had a dream » disait en 1963 Martin Luther King Junior. Et il parlait d’intégration. Aujourd’hui, Louis Farrakhan en fait un autre, mais il parle de sécession, en promettant pour demain l’avènement de la Nation de l’Islam. Le rêve pourrait tourner au cauchemar pour l’Amérique blanche. Trente trois millions d’Afro-américains, arrière-petits-fils d’esclaves, n’en finissent pas de relever la tête. En pure perte !

 

« Une frontière est une frontière! Franchir le seuil de notre temple veut dire passer  du territoire américain à celui de la Nation de l’Islam! » De fait, il faut se soumettre à une fouille corporelle pour fouler la moquette de la mosquée Maryam  dépourvue de minaret, siège de l’état-major de la Nation de l’Islam, à South Side, en plein cœur du ghetto noir de Chicago. L’intérieur ressemble plus à une salle de cinéma qu’à une mosquée, on y entre sans se déchausser, pas de niche (mihrab) tournée vers La Mecque. Le drapeau est semblable au drapeau turc, un croissant et une étoile blanche sur fond rouge. Le rouge représente la justice, le croissant et l’étoile, l’univers céleste. Le Minister ( imam) est Shaheen Muhammad : « il faut se décider, ou on devient musulman, ou on reste nègre! ». En une demi-heure de prêche, l’imam aura consacré la séparation entre l’homme et la femme, la croix et le croissant, l’Oncle Sam et Mahomet, le Blanc et le Noir. Un digest percutant du credo de Louis Farrakhan qui milite sans relâche pour un divorce sans appel entre le « peuple Noir » et la « blanche Amérique ». Une option radicale très populaire parmi la jeunesse noire afro-américaine aujourd’hui.

 

Apparu au début de ce siècle, le nationalisme séparatiste noir, connaît actuellement un fort regain de séduction, après une éclipse grâce au pasteur baptiste Martin Luther King qui rêvait d’une Amérique ou « l’homme ne serait plus jugé sur la couleur de sa peau, mais sur la valeur de son caractère propre ». Ce rêve, il l’avait exprimé haut et fort le 28 août 1963 à Washington devant une foule mélangée estimée à 250.000 âmes. Trente deux ans plus tard, le 16 octobre 95, le leader musulman, Louis Farrakhan, réussit le pari jugé fou de rassembler 4 fois plus de personnes au même endroit! Au nom d’un autre rêve, non pas celui d’une société multiraciale, mais celui d’une sécession de la « nation » noire. Cette marche dite du Million d’Hommes aura donné lieu au plus grand meeting noir de l’histoire américaine.

 

Aujourd’hui encore, après le premier anniversaire de cet événement spectaculaire, on s’interroge sur son ressort véritable. Car tout de même, la secte de Louis Farrakhan ne pèse pas si lourd que ça. A peu près 20.000 fidèles et à tout casser 100.000 sympathisants. Alors pourquoi un tel rush à son appel pour la marche? Alarmée par la dégradation accélérée de son statut, la masse noire n’attendait plus que le premier homme capable d’exprimer haut et fort son désarroi pour le suivre. Pour sa part, Farrakhan cherche moins à islamiser la société afro-américaine qu’à en devenir la figure de proue. D’où cet extraordinaire élan de fraternisation durant la marche... Le gros de la foule était chrétien comme la majorité écrasante des 33 millions de Noirs. On y a vu défiler le chanteur Stewie Wonder, le pasteur Jesse Jackson, ancien assistant de Luther King,  et aussi Rosa Parks, une force de la nature, dont le refus de céder sa place de bus à un Blanc, le 13 mai 1954 à Montgomery, fut le déclencheur du mouvement pour l’égalité raciale qui déboucha sur la première marche de Washington. Le général Colin Powell, chef d’état-major de l’US Navy, durant la guerre du Golfe, a lui décliné l’invitation...

 

Mort donc avec Martin Luther King, abattu le 4 avril 1968, à Memphis, sur le seuil de la chambre qu’il occupait au Lorraine Hotel, le rêve intégrationniste. Louis Farrakhan s’acharne à édifier une contre-société noire, non point au sein de la majorité blanche, mais à coté. Avec, à la clé, un réseau bancaire propre, une agriculture sur mesure et un enseignement au service de l’émancipation. Farrakhan enfourche à tout propos son dada de l’autosuffisance au lieu de dénoncer la politique de la Maison Blanche. Aussi représente-t-il plus une distraction qu’une menace pour l’establishment. Et puis, s’il finissait par se montrer dangereux, il se trouverait encore un forcené pour l’abattre…

 

« L’obésité nous tue! » s’alarme aussi Louis Farrakhan, en lançant une véritable croisade contre ce fléau. « Guerre à l’obésité » titre L’Appel Final, l’hebdomadaire de la Nation de l’Islam tiré à 500.000 exemplaires. La secte n’a pas tardé à prescrire aux fidèles un régime particulier, ignorant la viande, et faisant la part belle à la salade et à l’eau fraîche. Et pour le dessert on conseille le pâté de haricots sucré. Et comme on ne peut concevoir de mets plus bourratifs, un seul repas par jour suffit. Aussi, le budget nourriture du disciple sera trois fois moins élevé que celui du « Negro » qui persiste à avaler une « cuisine d’esclave »... La Nation de l’Islam possède une grosse ferme en Géorgie, on y cultive le froment, la tomate l’oignon, et le chou. La secte vend également du merlan Muhammad’s Fish importé du Pérou et des sardines musulmanes mises en boîte au Maroc avec la mention « Pour la Nation de l’Islam en Amérique ». L’organisation gère aussi la société Clean-N-Fresh qui produit savon, shampooing et crème régénératrice.

 

Notons que l’obésité accable toute l’Amérique: un homme sur trois et une femme sur deux!

 

 

APARTHEID URBAIN



Il est tel, qu’il a fini par conférer à des mégapoles comme Chicago, Los Angeles, New York, Washington, l’aspect d’un damier où un district blanc compact voisine avec un district noir tout aussi compact. A Chicago, l’indice de ghettoïsation (au faciès) atteint 91% pour le prolétariat et 86% pour la bourgeoisie. Bilan: la majorité de la population afro-américaine, qu’elle soit riche ou indigente, vit dans un univers urbain à 100% noir. Et comme un jeune black sur trois ne trouve pas de travail,  alors qu’un second tiers est incarcéré, à peine un tiers de la population du ghetto a ainsi l’occasion d’en sortir et de croiser un caucasien (un blanc).

 

Un Noir réussi à acheter un pavillon dans une rue blanche. Médecin de son état, il possède une belle voiture, son épouse dirige un grand magasin. Un bon couple bourgeois, Quoi! La rumeur se met à courir parmi le voisinage caucasien, qu’à coup sur un autre Afro-américain ne tardera pas à rejoindre celui-ci, puis un troisième, et ainsi de suite... Et le spectre d’une baisse de la valeur immobilière du secteur se profile à l’horizon. Il faut donc vendre dare-dare la maison et s’en aller vers un quartier mieux préservé. Là, le banquier se charge de sélectionner, en amont, le bon client, en refusant de consentir un prêt immobilier à tout projet d’achat en zone blanche par un Afro-américain.

 

 

UN TIERS DES JEUNES NOIRS EN PRISON!


  Autant que de jeunes noirs au collège...

 

 

KU KLUX KLAN


  Le nom imite le bruit d’un fusil qu’on arme...

 

Depuis le 13 janvier 1995, soit l’avant veille du jour où on célèbre le souvenir de Martin Luther King, il ne se passe, pour ainsi dire, pas un week-end sans que soit incendiée une église du Sud par des activistes blancs d’extrême droite (KKK, Skinheads, Faction aryenne).

 

Excédé par l’indifférence de la presse, le Conseil National des Eglises (CNE) invite l’état à admettre qu’il existe un racisme américain qui empêche vraiment de devenir une seule nation indivisible. Et comme pour élargir encore d’avantage l’abîme qui sépare le Noir du Blanc, le New York Time titre Incendies d’églises: un vaste canular!

Tandis qu’une femme blanche à l’entrée du Lorraine Hotel transformé en musée porte une pancarte  Mixité raciale: communisme.



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