THE GOLD RUSH

 

Johan Auguste SUTTER est né en 1803. A 31 ans, il abandonne sa femme, Anna, sa fille, ses trois garçons, et son pays, la Suisse. Pourtant ses affaires se portent bien, il est à la tête des papeteries Sutter, fondées par son grand-père, les plus grandes du canton de Bâle. S’il quitte tout, c’est pour se rendre en France, au Havre, et embarquer pour le Nouveau Monde, pour New York, à bord de l’Espérance.  Au pays on n'entendra plus parler de lui, et sa femme restera sans nouvelles pendant quatorze longues années, jusqu'à ce qu'un jour, tout à coup, le monde entier prononce son nom...


C'est ici que débute l'incroyable histoire de Johann August Sutter !


La traversée dura 41 jours.

 

1834, le port de New York, c’est ici que débarquent tous les naufragés du vieux continent: les malheureux, les mécontents, les hommes libres, les insoumis, ceux qui ont connu des revers de fortunes, ceux qui ont tout risqué aux jeux sur une seule carte, ceux qu’une passion romantique a bouleversé, les premiers socialistes allemands, les premiers mystiques russes, les idéologues que les polices d’Europe traquent, les petits artisans victimes de la grosse industrie, les têtes brûlées, les brigands, les victimes de guerre, les ouvriers, les marchands, les banquiers...

Les arrivants débarquent jour et nuit, et dans chaque bateau, dans chaque cargaison humaine, il y a au moins un représentant de la forte race des aventuriers.

Après avoir sauté sur le quai, il fait un vœu.

 

Trois mois après son arrivée, il a quitté les abords immédiats du port, et pénètre plus avant dans la ville. Comme toute la civilisation américaine, il se déplace lentement vers l’ouest. Il exerce tous les métiers, employé drapier, palefrenier, charcutier, maréchal ferrant, droguiste, tailleur pour dames, et même… dentiste ! Puis il ouvre un bar à New York. Un bar qui lui permet de rencontrer énormément de monde, il enregistre dans sa mémoire tous les récits qu’il entend.

 

Il laisse tomber son bar de New York, pour construire une ferme dans le Missouri. Ses portes sont toujours ouvertes, sa maison ne désemplit pas. Il mémorise et confronte les récits des trappeurs, des colons, et des aventuriers qui lui rendent visite. Dans tous les récits, un même mot revient constamment: l’Ouest, l’Ouest mystérieux qui s’arrête pour l’instant aux Rocheuses!

   

Homme d’action, il vend sa ferme du Missouri, achète 3 chariots bâchés, pour se joindre à un convoi de 35 marchands en route pour Santa Fe. L’affaire est mal montée, les marchands se séparent les uns après les autres. Sutter fait du troque avec les Indiens de la région avec lesquels il s’entend bien. Il s’installe parmi eux avant de regagner le Missouri pour monter la prochaine expédition qu’il est décidé à poursuivre jusqu’au bout. Les Indiens qui ont eux aussi rencontré beaucoup de gens de passage lui ont appris qu’au-delà des Rocheuses et des déserts de sable, il y avait autre chose, et à présent, il en connaît le nom:  Californie. A cette époque, la Californie n’attire encore l’attention ni des USA ni de l’Europe.

 

Il part de Fort Indépendance, Missouri en juin 1838, avec un officier qui va relever le commandement à Fort Boisé, Idaho. Les 5 missionnaires et les 3 femmes qui les accompagnent les quitteront en cours de route. Sutter est décidé à poursuivre jusqu’en Californie. Il connaît la piste jusqu’au dernier fort et si les informations qu’il a recueillies sont exactes, il saura aller plus loin. Le 1er août, ils sont à Fort Hall, Idaho, où on veut les retenir car les Peaux Rouges sont sur le sentier de la guerre. Quelques jours plus tard ils insistent pour repartir. On leur fournit une escorte pour trois jours. Le 16 août, ils atteignent Fort Boisé, Idaho, où se trouve le comptoir de la Baie d’Hudson.

 

Fin septembre, il arrive à Fort Vancouver, Washington (11 km au nord de Portland, Oregon). Si près du but il doit renoncer à poursuivre, l’avis des hommes du fort est unanime, les apaches sont en ébullition, le voyage par voie terrestre est impossible. Il n’y a donc plus qu’une solution, l’océan! Il est vrai qu’un voilier pourrait s’y rendre en 3 semaines. Mais voilà, il n’y a pas de bateau qui emprunte cette route, et la navigation ne s’improvise pas dans ces parages si périlleux. Il apprend que le Columbia s’apprête à appareiller pour Honolulu. Il négocie son passage et le 8 novembre le voilà parti pour Honolulu. Comme il sait si bien le faire, il va faire parler l’équipage et le capitaine, habitués à traiter avec les pères missionnaires installés sur la côte californienne.

 

En mars, Sutter débarque à Honolulu. Il n’a pas perdu son temps, il a appris des tas de choses, et il a de grands projets. Sur l’île, on l’accueille à bras ouverts, il retrouve d’anciennes connaissances de New York. Il les associe à son projet en leur demandant de lui envoyer de la main d’œuvre Canaque d’ici 18 mois. L’Afrique est trop loin et la traite des Noirs commence à être sérieusement réglementée.

 

Il ne trouva aucun navire qui fit route vers les ports mexicains, juste un bateau russe qui appareillait pour l’Alaska. Les Russes ont des colonies au Mexique, il n’eut aucun mal à trouver un bateau pour gagner le Sud depuis l’Alaska. Sutter débarque sur les plages de San Francisco.

 

Depuis 1769, sur l’ordre du roi d’Espagne, les pères franciscains avaient établi 21 missions le long de la côte californienne, en vue d’évangéliser les Indiens, et en prélude à la colonisation. En quelques années, ces missions étaient devenues d’importants domaines agricoles prospères, entourés de riches villages. En 1821, le Mexique était devenu indépendant de la couronne d’Espagne. En 1832, les établissements religieux sont déclarés propriétés de l’état. Des généraux, des tyrans, s’adjugent ces fermes florissantes, les Indiens sont dépouillés de tout, on promet aux padres des pensions qui ne leur seront jamais versées...

 

En 1839, lorsque Sutter débarque, la situation est au plus bas! Il se rend alors  à Monterey pour rencontrer Alvarado, le gouverneur mexicain. Il lui fait part de son intention de s’établir dans le pays, et de ses projets qui consistent à faire travailler ses Canaques, réunir les Indiens, leur distribuer des terres, et les faire travailler sous sa direction. Alvarado lui donne son accord avec une première concession pour 10 ans.

 

Sutter décide de s’installer dans la vallée de la Sacramento river, à l’embouchure de l’American river, pour fonder son ranch, la Nouvelle Helvétie.

On ne tarde pas à se mettre au travail, on défriche par le feu, on laboure, on sème, on fait des pistes, des ponts, des réservoirs, des canaux d’irrigation. Il faut aussi construire des bâtiments, des villages. On fait tout en grand, et solide, en songeant déjà à l’avenir.

   

La prospérité ne tardera pas à venir. Tous les 3 mois arrivent des convois de Canaques. Les terres cultivées s’étendent à perte de vue, les moissons rapportent 500%, et les greniers sont pleins. Dés la 2ème année, Sutter rachète sur la côte les belles fermes des Russes qui se retirent. A présent, les fermes de Sutter approvisionnent les forts, les ports du Mexique, et d’Amérique du Sud, et tous les bateaux qui viennent jeter l’ancre dans la baie. Johan A. Sutter est devenu un homme important, écouté, et de bon conseil, le gouverneur Alvarado compte régulièrement parmi ses invités. Il fait des achats importants de matériel, il est accrédité auprès des plus grandes banques. Il possède le plus grand domaine de toute l’Amérique.

 

Pour faciliter ses constructions, il lui faut une scierie alimentée par un moteur à vapeur, qu’il fait venir d’Europe. Ce sera la première en Amérique. Il confie les travaux à Marshall. Le matériel est débarqué à New York. Il traverse plaines et montagnes sur des chariots tractés par 60 paires de bœufs et arrive intacte à Coloma. On ne tarda pas à regretter que le chariot n’ait pas sombré dans un ravin, ou que le troupeau n’ait pas été décimé par une épidémie...

 

Le 28 janvier 1848, Marshall inspectait les travaux de la scierie, à Coloma, dans la montagne, quand il vit briller dans le chenal qui reconduisait l’eau à la rivière les paillettes d’un métal jaune... Le premier or de Californie venait d’être découvert !

 

Au sommet de sa gloire, Sutter allait être ruiné par cette découverte! Il avait demandé à Marshall de conserver le secret pendant 6 semaines, le temps de s’organiser, Marshall n’a pas tenu plus de 2 semaines. Les ouvriers se désintéressèrent de la scierie pour aller ramasser des pépites d’or dans le lit de la rivière, et les utilisaient pour régler leurs achats en ville. La nouvelle n’a pas tardé à faire le tour de la Californie, puis du continent et du monde entier.

 

 A partir de mai 1848, ce fut un défilé incessant sous les fenêtres de Sutter. Tout ce qui pouvait marcher, rouler, ramper montait de San Francisco et des autres villages de la côte. Chacun fermait sa hutte, sa baraque, sa ferme, son atelier et montait au ranch de Sutter, puis jusqu’à Coloma.

Les moulins de Sutter étaient arrêtés, les tanneries étaient désertées, les peaux se décomposaient, les vaches n’étaient pas traites, les troupeaux étaient abandonnés, les cueillettes n’étaient pas faites, les blés pourrissaient sur pied...

Les Indiens et les Canaques se sauvaient avec leurs enfants, ramassant de l’or qu’ils échangeaient contre de l’eau de vie.

 

Sutter résilia tous ses contrats, s’acquitta de toutes ses dettes et alla s’installer dans son autre maison, au milieu de ses vignes, tandis qu’au fond de la baie, on voyait s’édifier une ville qui grandissait à vue d’œil, San Francisco. La mer était pleine de vaisseaux.

 

En décembre 1849, après deux années de réflexion,  Anna Sutter avait fini par répondre à l’invitation de son mari, à le rejoindre avec ses quatre enfants. A cette époque en Suisse, on ignorait encore tout de la ruée vers l’or. Le voyage dura des mois, Anna épuisée et malade s’effondra devant la porte de Sutter. Quelques années plus tard ses fils périront à leur tour au cours d’une rixe organisée par tous ceux que Sutter poursuit en justice pour lui avoir volé l’or trouvé sur ses terres...

 

La nouvelle avait atteint la côte Est, James Polk, président des USA, afin de justifier les efforts fournis pour faire l’acquisition de la Californie, faisait la publicité de celle-ci. Alors la foule se mit en mouvement en décembre 1848. Tout au long de 1849, des chercheurs d’or, ceux qu’on appelait les « 49ers », se rendirent massivement à l’ouest, soit par voie terrestre, par la piste californienne, soit par bateau en contournant le Cap Horn. D’autres encore, allaient en bateau jusqu’à Panama, traversaient les terres, et reprenaient un bateau pour remonter le Pacifique jusqu’à San Francisco.

 

Des chercheurs d’or sont arrivés d’Europe, d’Asie, d’Amérique du Sud, d’Australie, s’installant dans les camps qui poussaient comme des champignons, partout où on trouvait de l’or.

 

La ruée vers l’or arriva à son apogée au bout de 4 ans. En 1852, le flot de prospecteurs tournait autour de 90.000. Puis leur nombre diminua jusqu’à la fin du siècle, alors que l’exploitation des filons devenait de plus en plus difficile. Il fallait à présent creuser des mines, transporter les gravats et les concasser pour extraire l’or. Si cette activité offrait encore de nombreux emplois, le travail était moins attrayant et ne permettait pas de s’enrichir rapidement. Ce sont des Européens des Cornouailles au sud de l’Angleterre, et de Serbie qui faisaient ce travail.

 

En moins de 10 ans, une activité minière régulière s’était mise en place et la ruée était terminée. Entre 1848 et 1867, 3.300 tonnes d’or furent extraites.

 

Parmi les villes nées de la ruée, certaines sont devenues prospères, d’autres ne sont plus que des hameaux ou ont totalement disparu. Le temps a adouci les cicatrices laissées par les mines dans le paysage, et la route de l’or aujourd’hui a plus un air de campagne que de zone industrielle.

 

La route de l’or, c’est la « 49 », en hommage aux 49ers. Elle s’étend de Mariposa à Sierra City, sur 520 km, au pied de la Sierra Nevada, en bordure de la Vallée Centrale.

 

A Coloma, se trouve le Marshall Gold Discovery State Park. C’est aujourd’hui un village agricole, le centre a été déplacé à Placerville, 13 km plus au sud.

 

 

 

 

 

 

 

 

Blaise Cendrars

relate l’histoire incroyable

de Johann August Sutter

dans son livre  « L’or »

 

 

 

 

 

 

   SUGGESTION :

 

Lorsque vous quitterez San Francisco pour vous diriger vers le parc de Yosemite, faites un détour par Jamestown, Sonora, et Columbia Historic State Park, pour vous plonger dans l’atmosphère de la ruée vers l’or.

 

Columbia Historic State Park

Columbia Historic State Park

§          Vous traverserez la Vallée Centrale par Oakdale, où vous pourrez vous arrêter déguster des fruits dans un fruit barn, route 120/108, puis vous vous dirigerez sur Jamestown en restant sur la route 108. Tournez  à droite au panneau Main Street, pour entrer dans la petite ville de Jamestown, née de la ruée vers l’or, et découvrir son charme vieil ouest, ses façades style western. Peut-être avez-vous besoin d’acheter des timbres pour envoyer vos cartes postales? Dans ce cas, vous trouverez un bureau de poste à droite, au bout de la rue.

 

§          Reprenez la route 108, pour vous rendre à 5 km de là, à Sonora, autre ville plus importante, née de la ruée vers l’or. Vous remarquerez différentes constructions à l’architecture  intéressante. C’est  dans les banques de Sonora que les chercheurs venaient déposer le fruit de leurs prospections. 

 

§          Après avoir visiter Sonora, rendez-vous 4 kilomètres plus loin, en direction du nord, au Columbia Historic State Parc, village reconstitué de l’époque de la ruée vers l’or. L’accès est gratuit. Vous découvrirez une caserne de pompiers, un barbier, un maréchal ferrant, une pharmacie, un musée, des commerces, des habitations, un saloon, un restaurant…  dans un cadre authentique.

 

§          Pour reprendre la route en direction du parc de Yosemite, retournez sur Jamestown, et au-delà, empruntez la mythique route 49 entre Yosemite Junction et Mariposa, où vous pourrez passer la nuit.. Plus vous approcherez de la Sierra Nevada, plus la route sera inclinée et sinueuse,  le détour en vaut la peine, vous ne le regretterez pas.



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