DES CHANTS DES ESCLAVES AU JAZZ

Jazz at Snug Harbor

 

Le jazz est né aux Etats Unis, issu du génie des descendants des esclaves africains, dont les premiers atteignirent, malgré eux, les rivages d’Amérique du Nord, en 1619, un an avant les pèlerins du Mayflower. Ces esclaves, coupés de leurs racines, n’auront que la musique pour exprimer leur souffrance et leur espoir.

 

En cette année 1619,  à Jamestown, en Virginie (du nom de la «  reine vierge » Elizabeth 1ère, 1533-1603), le capitaine John Smith « reçoit » le premier arrivage de Noirs en Virginie, en achetant le premier lot d’esclaves importés d’Afrique.

 

Les Noirs étaient enlevés sur la côte ouest d’Afrique ou achetés à des chefs locaux par des trafiquants européens établis en Afrique le temps de faire fortune. Les bateaux effectuaient un commerce triangulaire consistant à transporter d’Afrique en Amérique la précieuse cargaison d’esclaves, et d’Amérique en Europe, le tabac et la canne à sucre. Les esclaves étaient entassés dans l’entrepont du navire par centaines. Une sélection naturelle s’effectuait: les morts étaient jetés par dessus bord, les malades étaient débarqués aux Antilles, les plus robustes continuaient la route jusqu’en Amérique... A leur arrivée, on les nourrissait convenablement, afin qu’ils aient meilleur aspect, pour les vendre sur les marchés, au meilleur prix. Ils étaient ensuite employés pour les travaux les plus durs: construction des digues, assèchement du delta du Mississippi, récolte du coton et de la canne à sucre.

 

Chaque groupe avait son folklore, ses traditions et ses divinités vaudous, il ne leur restait que la musique pour exprimer leur nostalgie. Cependant, on leur a très vite interdit tam-tam et tambours qui auraient pu faire naître en eux la révolte.

 

Cette musique est basée sur un rythme syncopé et une mélodie simple, car elle doit être un « cri » de reconnaissance, elle encourage les ramasseurs de coton, les poseurs de rails, elle leur donne la cadence; on l’entend ensuite en ville, chez les petits vendeurs des marchés et ainsi, progressivement, elle entre dans les temples  protestants et dans le cœur des fidèles, répondant aux exhortations du pasteur. Le protestantisme, la religion de leurs maîtres, est la seule qu’on leur accorde.

Au fil des générations, cette musique africaine évolue en recevant d’abord l’influence des missionnaires, protestants pour la plupart, à travers des cantiques d’origine européenne. C’est ainsi qu’est né le Negro spiritual ou gospel song, qui n’est autre qu’un cantique à la gloire du sauveur ou plutôt du libérateur car on ne lui demandait pas le paradis, juste  la fin de l’oppression sur terre, rythmé et avec une intonation bien africaine, nécessitant une voix poivrée.

 

En 1865, la fin de la guerre de sécession consacre la fin de l’esclavage, mais à dire vrai, la condition des Noirs change peu. Dans chaque ville, ils se voient assignés dans des quartiers défavorisés, ils restent employés comme domestiques ou hommes de peine, et baissent toujours les yeux devant la femme blanche... S’ils veulent acheter un costume ou un chapeau, ils n’ont pas le droit de l’essayer.

 

Après le chant de travail, et le chant religieux, apparaît une troisième forme d’où naîtra directement le jazz : le blues. Avoir le blues, en anglais, signifie avoir le cafard. Le blues se caractérise par l’utilisation de notes altérées. Plus tard dans les villes, les Noirs trouveront les instruments de musique et la transposition des instruments (piano, trompette, saxophone sur leurs chansons profanes ou religieuses donnera le jazz (1910-D’abord jass, signifiant « coït » en créole, pour qualifier leurs danses suggestives...)

 

SaxoLe saxophone, a été une véritable révolution dans le jazz. Inventé par un Belge, Adolphe Sax, il a été introduit en Louisiane par l’armée française qui faisait escale, après son échec dans les luttes contre les révolutionnaires mexicains (1866).

 

Puis la musique est descendue dans la rue, avec les bands, toutes les occasions étaient bonnes, fêtes religieuses, cérémonies militaires, campagnes électorales, enterrements, mariages

 

En résumé, le jazz est une fusion du folklore « nègre » avec des éléments empruntés à la musique occidentale de la fin du 19ème (quadrille, polka, mazurka), d’autres empruntés à la musique des rues (fanfares militaires, orchestres de cirque) et aux percussions africaines...

 

Le jazz est né à Storyville, le quartier des maisons closes, et ça se comprend facilement, parce que jouer dans la rue, ça ne rapporte rien, jouer à l’église non plus...

 

Au début du siècle, le joueur le plus réputé était Buddy Bolden, puis ce fut le tour de Joe Oliver et vers 1925, celui de Louis Armstrong, mais à cette époque le jazz avait quitté la Nouvelle Orléans pour Chicago, avant d’aller s’installer à New York.

Dans les années 1930, c’est le triomphe de Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Count Basie, Lester Young, Benny Goodman...

La fusion de tous ces rythmes, connue sous le nom de « boogie-woogie » fait fureur d’un bout à l’autre du monde pourtant déchiré par la guerre.

Vers 1940 tout le monde se prend d’un véritable engouement pour tout ce qui touche aux sources du jazz, c’est le revival qui s’accompagne du retour à New Orleans.

 

Jazz at Preservation Hall, New Orleans



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