LOS ANGELES : de South Central à Pacific Palisades, ou du ghetto Noir, au ghetto des Stars...


Comment partir à la découverte des différentes facettes de l’Amérique?

 

C’est simple ! Rendez-vous à Los Angeles, dans South Central Avenue, plus précisément. En route pour des dizaines de kilomètres à ne parcourir qu’en voiture, tellement règne la peur. Ils vous mèneront de la misère des ghettos aux gratte-ciel d’affaires le jour, et de sombres trafics, la nuit, jusqu’au sable fin de Pacific Palisades où les stars, enfermées dans leurs blockhaus de luxe, regardent tomber le crépuscule sur Sunset Blvd.

 

Traverser Los Angeles au ras de la rue, c’est traverser les violentes contradictions de l’Amérique. En 60 km, sur Central Avenue et Sunset Boulevard, on passe de la capitale du tiers monde à la Mecque clinquante du cinéma, du ghetto noir de South Central aux somptueuses villas de Beverly Hills et de Pacific Palisades.

 

Au cœur du ghetto noir de South Central, l’ambiance est électrique, enfin, encore plus que d’habitude. Le député noir Maxime Waters fait courir le bruit que c’est la CIA qui y  aurait introduit le « crack », la drogue dévastatrice dérivée de la cocaïne. C’est l’enquête d’un journaliste blanc, Gary Webb, publiée dans le San Jose Mercury News qui a mis le feu aux poudres. Il révélait comment deux trafiquants nicaraguayens ont revendu des tonnes de cocaïne aux gangs de Los Angeles au début des années 80, afin de financer la rébellion anti-sandiniste au Nicaragua, elle-même soutenue par la CIA. De la à penser que la CIA tirait les ficelles, il n’y a qu’un pas, franchi par les leaders de la communauté noire, qui réclament aujourd’hui des indemnisations... Il n’y a pas une famille à South Central qui n’ait été touchée par le crack, de près ou de loin. La moitié des bébés sont des crack babies, des petites crevettes rachitiques, nés de mères junkies.

 

Des milliers de maisons en bois, modestes et pratiquement identiques. Le taux de chômage dépasse 50%, rien n’a changé depuis les émeutes de 1992... Beaucoup de familles monoparentales, des mères qui élèvent seules leurs enfants en jonglant avec les 480 $ de l’aide sociale et les 150 $ de coupons pour la nourriture en priant pour que leurs fils en quête d’une autorité ne se joignent à un des gangs qui se partagent le territoire de South Central: les Play-Boys, des petites frappes, alliés aux Crips et leurs adversaires les Bloods.

 

La LAPD (Los Angeles Police Department) est la mieux équipée du monde: hélicoptères dotés de systèmes de détection à infrarouge, voitures pourvues d’ordinateurs de bord, pistolets 9 mm et fusils à pompe... La division de la 77ème rue est celle qui à la plus solide réputation. Les vrais durs sont ici, au cœur de South Central. C’est l’unité Crash (Community Ressources Against Street Hoodlum/Troupes contre les voyous des rues) qui mène en exclusivité la guerre contre les gangs.

 

Downtown n’est pas un vrai centre ville, seulement un repère dans le paysage urbain. Des gratte-ciel de bureaux désertés après 18:00, des hôtels cinq étoiles climatisés où les hommes d’affaires se retranchent la nuit tombée. Downtown devient alors Skid Row, la cour des miracles, l’enfer des homeless, des dealers et des fumeurs de crack Noirs et Latinos.

 

Le crack ressemble à une boulette de pâte dentifrice durcie, à un caillou à 10, 25 ou 50 dollars. On peut également ramasser des strawberries  (prostituées) pour une poignée de dollars.

 

Sunset Blvd. Dans la partie sud qui monte de Downtown, les pubs s’affichent en espagnol, les enseignes en chinois, en coréen. Los Angeles compte 35% d’Hispaniques et 13% d’Asiatiques. Les Blancs ne sont plus majoritaires. Avec la reprise, de nouveaux emplois ont été créés dans les studios de post-production qui longent la partie basse de Sunset. Mais ces jobs qualifiés ne sont pas pour les Latinos qui habitent le secteur. Eux vont travailler plus loin comme domestiques ou plongeurs dans les restaurants. On estime à plus de 500.000 les hispaniques clandestins qui vivent à Los Angeles (travaillent dans la confection, la restauration, l’hôtellerie, le tourisme).

 

A mi-chemin entre Downtown et l’océan, Sunset Blvd se transforme en Sunset Strip, 2 km de boutiques ultra-chics et de restaurants avec terrasses. Une frontière invisible a été franchie. On est désormais dans le Westside, Los Angeles coté Ouest. La façade Pacifique où le rêve américain se traduit en fantaisie architecturale et en délires sécuritaires. Pas une seule pelouse sans la pancarte « armed response »: les milices privées veillent sur un superbe décor qui pèse des milliards de dollars. Totalement aseptisé.

 

Sunset Blvd longe les 167 hectares de la prestigieuse UCLA. Beaucoup d’Asiatiques américains. Les chiffres confirment cette impression. A la rentrée 96 sont arrivés en première année à UCLA 1422 étudiants d’origine asiatique, 1236 Blancs, 761 Latinos, 250 Noirs. 2% d’enseignants noirs seulement...  en juillet 95, Pete Wilson, Gouverneur de Californie (républicain), a fait pression sur les recteurs de UCLA pour qu’ils n’appliquent plus l’Affirmative Action, traitement préférentiel des minorités raciales et des femmes. Une étude prévoit une chute de 50 à 70% des effectifs noirs et hispaniques.



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